Black(s) to the Future Festival : le monde de demain sera résolument africain
Auteur: Paloma Soria
Date: 27/06/16
Black(s) to the Future Festival :
le monde de demain sera résolument africain

De l’exposition Great Black Music à la Cité de la Musique il y a deux ans à l’arrivée d’Afropunk en France l’année dernière, en passant par la renaissance du festival Jazz à la Villette, les manifestations célébrant les cultures noires s'affirment au sein de la scène artistique hexagonale. Le collectif Black(s) to the Future pose un regard moderne et décomplexé sur les modes d’expression afro. Live sets, mais aussi expositions, conférences et projections gratuites, pour l’espace de deux jours, le Black(s) to the Future Festival transforme le Petit Bain en incubateur du monde de demain - un monde résolument africain. Rendez-vous les 2 et 3 juillet prochains.

Représenter l’Afrique d’aujourd’hui

Vaisseau d’initiatives culturelles venues aussi bien d’Afrique du Sud que du Sénégal, du Ghana, du Mozambique ou d’Angola, Black(s) to the Future se veut, en France, à l’avant-garde d’une réflexion globale sur l’africanité et l’afro-futurisme. Deux termes choisis soigneusement par les membres du collectif pour refléter les passerelles entre les pays du continent africain, mais surtout pour exprimer leur envie d’une meilleure visibilité pour les arts issus d’Afrique.

 

Si l’on est plus facilement familier de l’idée d’africanité, empruntée à l’écrivain, poète et homme politique sénégalais Léopold Sédar Senghor, pour qui les habitants des différents pays d’Afrique partagent des valeurs communes, l’afro-futurisme, en revanche, interpelle. Le mot, apparu pour la première fois en 1994, est l’invention de Mark Dery, auteur et critique américain. Il définit un courant esthétique où science-fiction, mysticisme et histoire africaine se mèlent pour offrir une alternative à la faible présence de personnages noirs dans la science-fiction classique.

 

Penser l’Afrique de demain

Mais, tandis que dans les années 1990 Dery proposait une définition très normée de l’afro-futurisme, le collectif B(s)ttF hérite de plus de vingt ans de réflexion sur le sujet et bénéficie de l’expansion du mouvement à tous les modes d’expression. L’afro-futurisme d’aujourd’hui est plus qu’une esthétique, c’est un mouvement transversal, en mutation permanente - mieux, c’est une conception du monde à part entière. Mawena Yehouessi, fondatrice du projet, a longuement réfléchi à la définition qui lui conviendrait le mieux. Elle affirme : « L’afro-futurisme est toute pensée du futur qui n'omette pas sa part d'africanité. Ça me permet de tout englober : fiction, prospective, technologie, spiritualité ». A la question posée par Dery : « Une communauté dont le passé a délibérément été effacé, et dont les énergies ont par la suite été consumées par la recherche de traces tangibles de son histoire, peut-elle imaginer de possibles futurs ? », Black(s) to the Future répond donc un « oui » clair et affirmé.

 

Le projet Black(s) to the Future, explique Mawena Yehouessi, est « né d’une envie assez simple : avoir accès, ici en France, à Paris, dans le métro, sur Facebook, à la télé, etc. à plus de cultures africaines ». Avec Black(s) to the Future Festival, l’idée est de « dépasser un inconscient collectif stéréotypé sur l’Afrique et sa diaspora, fournir une pensée critique et référencée sur ce qu’est l’africanité et nourrir l’inspiration à travers une vision afro-futuriste du monde ».

 

Pour ne citer qu’une mince partie des activités prévues au cours de ces deux jours de festival, une conférence, animée par deux chercheurs en musicologie, aura lieu sur le thème des circulations sonores dans l’Atlantique Noir. DJ Kôôl viendra parler beats, techno et rencontres du troisième type. Ibaaku, producteur originaire de Dakar, Gato Preto, duo de Future Kuduro dont le look rappellera forcément Mad Max, et Photo-Romance, DJ et producteur franco-sénégalais d’une électro aérienne et cosmopolite, animeront la partie club. Lulendo, Moody Matt et Les Afronautes d’Oberkampf viendront leur prêter main forte. On pourra également assister à une performance de danse de la Compagnie Bonne Enfant, habituée autant des soirées de la Fondation Cartier que de celles de Dior et Kenzo.

 

L’objectif de Black(s) to the Future, alors ? « Renverser la tendance. L'africanité doit devenir une distinction au sens de quelque chose qui sort du lot, mais pas qui exclut, qui reste en touche. J'aimerais vraiment que l'on s'intéresse autant aux griots maliens qu'aux punks anglais, aux egungun qu'aux samouraïs, au kuduro qu'à la trap ». Syncrétisme pédagogique et culturel, Black(s) to the Future Festival se rêve en manifeste d’un mouvement à la définition mouvante, mais à l’ambition ferme : celle de décaler les lignes pour interroger l’ordre établi.

 

 

 

Black(s) to the Future Festival, les 2 et 3 juillet au Petit Bain. Participation aux conférences, expositions, performances et projections gratuite sur inscription. Club : 10€ en prévente, 12€ sur place.

 

L’événement facebook du Festival : https://www.facebook.com/events/1691209854472298/

Plus d’informations sur le collectif : http://blackstothefuture.com/