Hold Youth, entre jeunesse et sagesse
Auteur: Antoine L.
Date: 22/06/14
Hold Youth,
entre jeunesse et sagesse

Samedi 7 juin, 19H.

Alors que beaucoup se déhanchent sur le tarmac du Bourget au Weather Festival devant Marcel Fengler ou MCDE, nous prenons la direction du village presse pour une rencontre toute particulière: le duo Hold Youth. Composé de Seuil et Le Loup, les parisiens nous ont une nouvelle fois régalé en début d'après-midi.

Retour sur notre entretien.

 


 

ED : Vous avez joué cette semaine pour la Circoloco à Ibiza aux côtés de Jamie Jones, Tania Vulcano et j’en passe. Pour tous les fans de musique house c’est une des soirées références. Alors dites nous tout, c’était comment, première à Ibiza?

HY : C’était très cool. La première fois en tant que Hold Youth, mais on avait déjà joué chacun de notre côté au DC10. D'ailleurs, c'est ce qui était vraiment cool, parce qu’à la base le projet est un peu deep, et le DC10 est un club où il faut envoyer un peu plus que d’habitude. Dans un autre contexte, c’était intéressant de pouvoir se tester là-bas, avec notre musique, tout comme ici au Weather festival.

 

ED : Meilleur souvenir de cette année ?

HY : Le gros souvenir de l’année c’est quand on a joué à la Concrète je pense, en juin dernier, en 2013. Parce qu’on était à Paris, il y avait Amir Alexander et Chris Mitchel, qui jouaient avant, le style c’était complètement notre délire. C’était sur-blindé quand on a commencé. On s’est fait plaisir pendant 4 heures. On a joué notre musique, à Paris, chez nous. Derrière il y avait DVS1 en set house, le club a explosé dans son intégralité, pour moi ça a été un grand moment.

 

Je suis hyper supporter de tout ce que fait Concrete parce que je trouve que ça a redonné un souffle pointu à la scène parisienne. Ils ont créé un lieu, le bateau, des vrais afters. Pour nous c’est intéressant parce qu’ils ne bookent pas des artistes très faciles. Alors oui, ils vont faire Loco Dice, un weekend, mais le dimanche c’est différent. Ils vont faire des Get Perlonized avec toute la troupe de Perlon, ils font aussi beaucoup de techno. Et ils ont réussi à ramener la techno à Paris, quand même le Rex a arrêté ses soirées Automatik, et Concrete a réussi a redonner sa chance à la techno et ça a marché.

 

Moi je suis à Paris, je joue depuis 2005/2006, je vois des mecs de la techno depuis 10 ans, je les retrouve tous à Concrete. La moitié bosse dans le staff, l’autre moitié est au bar, le reste est sur le dancefloor et c’est les mecs qui ont entre 35 et 45 ans et ils sont contents d’avoir ça et je pense que c’est bien d’avoir cette pluralité des choses, ce mélange, ce partage. Brice, on ne peut pas dire le contraire, il est très pointu sur ses choix, limite en dehors « out of the bangs » comme on dirait, et ça je respecte. Au delà de faire style, c’est de se dire, t’es convaincu, tu vas jusqu’au bout.

 

Comparé à l’année dernière, ils ont vraiment passé le step supérieur : quatre stages, plusieurs univers, des genres de musique totalement différents. Il aura fallu deux ans pour faire quelque chose comme ça, une première année d’essai, qui a moins marché, avec quelques soucis, des gens décus et aujourdhui, là, c’est prometteur pour la France. Quand tu vois qu’il y a des festivals de métal qui font 90 000 personnes, aujourdhui quand t’arrives à faire un festival house/techno avec 30 000 personnes, tu te dis « yes » il y a quand même des gens pour écouter ça, il y a quand même des gens pour acheter nos disques aujourd’hui, au final on fait ça pour ça.

 

On se dit qu’il y a des mecs qui se mettent à mixer, qui achètent des disques, ils voient notre nom, ils achètent nos disques. Il y a 10 ans tu vendais 5000 disques, tu gagnais de l’argent, aujourdhui qu'en t’en vend 2000 copies ça marche du tonnerre, tu commences à faire de l’argent mais c’est dur et c’est pas pareil. On ne fait pas d’MP3, on est vinyle only, donc on ne récupère rien sur le digital. C’est tout un concept, ce sont des choix, on espère que ça paye un jour. C’est une longue route, des chemins de croix. En espérant qu’un jour il y ait un retour, et que la musique soit installée.

 


 

 


 

ED : On sent vraiment une énergie entre vous, vous êtes un duo qui fonctionne bien et vous le rendez vraiment au public lors de vos sets…

HY : C'est un peu malgré nous, car on n’a pas beaucoup le temps de pouvoir jouer ensemble. Donc ce qui est intéressant, mais qui peut également être un problème, c’est la naïveté des tracks qu’on va pouvoir jouer ensemble. Bon, maintenant je sais très bien, quand il va mettre un disque, je vais me souvenir d’un enchainement, je vais le retenir et la prochaine fois, j’essayerai de faire à peu près la même chose. De tout façon, quand on se concerte, on voit que c’est moins bien. La spontanéité et la liberté c'est ce qui fait le délire de notre concept.

 

Hold Youth c’est ça aussi, reste jeune, reste fun. C’est le fait de se dire qu'on fait un truc fun pour les gens qui aiment cette musique de la fin des années 90, début 2000, aussi bien empruntée de la house américaine, que de la house moderne berlinoise. On cible beaucoup, on est très nazi sur certaine chose de la musique parce qu’on sait vraiment ce qu’on aime. On ne se trompe pas dans nos choix. Et ça aussi, c’est un travail de DJ, d’années en années, quand tu sais que ceci ou cela n’est pas pour toi, ça va beaucoup plus vite pour trouver ce que tu as envie de faire. Parce qu’aujourd’hui, comparé à il y a 7 ans, il y a 10 000 fois plus de musiques qui sortent.

 

Nous, on check même pas ce qui se passe sur Beatport. Par exemple, tout à l’heure, Léo a eu des problèmes avec sa platine vinyle, qu’on a du changer quatre fois, moi j’ai eu la chance de pouvoir jouer que des vinyles, du coup lui a du repasser sur wav. Mis à part les imprévus, on ne joue que des disques. Quand on joue ensemble chez moi, on ne joue que des disques parce que je n’ai que des platines vinyles. J’ai aussi envie d’être à l’aise. Donc je préfère jouer des disques comme je le fais chez moi. Si tout marche bien, c’est le top!

 

Après c’est ce qu’on essaye de faire passer. J’ai l’impression qu’on prend un chemin très long, très underground, notre musique n’est pas trop marquée dans la house. Y a des trucs comme MCDE, qui sont très qualitatif, mais on ne va pas lui jeter la pierre. Ce qu’on aime dans les sets, c’est l’histoire. On essaye de faire monter les gens, en leur racontant une histoire sur parfois quelque chose de deep, plus mental puis en remontant… Voilà, on n’est pas uniquement house, on ne va pas jouer que des vocaux à chaque track. On va mettre un truc deep, ou minimal, on va casser en repartant sur de la house, un truc un peu funky, mais c’est ce mélange là aussi qui fait le concept. L’important c’est qu’il y ait des gens qui comprennent.

 

On va pas se mentir, dans ce genre de festival où il y a 30 000 personnes, il y en a bien 15/20 000 qui sont là pour se démonter et en prendre plein la tête. Je ne leur jette pas la pierre, j’étais comme ça y’a 10 ans. Mais aujourd’hui, plus je vieillis, plus je vais être impressionné par un mec qui fait danser 2500/3000 personnes avec un morceau de Marvin Gaye. Quand t’arrive à amener les gens sans artifices, sans effets, juste avec deux disques ensemble, il se passe vraiment quelque chose.

 

J’ai l’impression aussi que pour les gens, s’il y a un tel ou tel artiste, il faut être là à ce moment là… Tant mieux, si les gens se sentent bien comme ça. Nous on se sent bien quand les « pères », les mecs qu’on aime, ont joué nos disques. Si on a un public qui s’adapte et qui kiffe notre truc, on est au top. Peut-être que dans 10 ans, la musique qui pète comme Ricardo ça sera la musique de MCDE ou notre musique. Ma devise c’est : ne va pas là où on ne t’attend pas. Je veux que les gens qui m’invitent pour ce que je fais, pas parce que je suis cool et que je suis un mec qui est à toutes les soirées. Je suis là pour ce que je fais et pas parce que je suis en after tous les week-ends et que je me la mets, que je suis présents, qu’on m’invite pour jouer.

 


 

 


 

ED : Après le chemin que vous avez pris, c’est selon nous la plus jolie des voies, en restant très underground… 

HY : C’est la plus longue des voies, ça prend du temps, il faut être patient. Au top, il y a des mecs comme Ricardo, comme ZIP, et puis tu as aussi des gars qui arrivent du jour au lendemain, comme Tales of Us, qui fond un tube. Effectivement, nous c’est différent. Aujourd’hui, on met tout le monde dans le même panier et moi par exemple quand quelqu’un me dit « ah ouai tu fais de la musique comme Macéo Plex »… Au fond de moi, je me dits merde, et je me dit que je ne suis pas au bon endroit et que la personne ne comprend pas. Quand quelqu’un va me dire, ce que tu fais c’est cool, je suis un fan de cette musique, je préfère vraiment ça et c’est limite comme quand t’as un parti politique qui est moins fort, un parti politique populaire mais dans le sens musique pointue, elle passe par les aficionados, par les diggers, aux gens qui suivent.

On essaye de donner un tout aux gens. On ne va pas picorer par ici et par là. Si on doit arriver au top, on y arrivera et si on y arrive pas, ça sera comme ça et c’est tout.

 

ED : Vous avez fait un passage au Boiler Room Paris, joué au Club Der Visionnäre, mais aussi à Londres et à Moscou, l’année qui vient de se dérouler a été riche. Qu’elle est votre meilleur souvenir de teuf ensemble?

HY : Oui tout se passe, on a eu des bons enchainements de dates. On a une agence qui bosse super bien. On va leur tirer leur chapeau, voilà Lola ED. Nicolas, Sofia, Julie, Orietta, ce sont des gens qui ont bossé pour nous, aussi bien pour l’album qui vient de sortir, que sur la presse, et on a eu des retombées : une page pleine dans TSUGI, pleins de choses très cool par rapport à la musique qui est faite et pour ça on est super content.

Il y a deux branches dans notre agence, ils ont Appolonia qui est en train d’exploser en ce moment, et nous, qui sommes un peu plus underground, mais on est quand même connectés avec eux, ils vont aussi bien pouvoir jouer notre musique que nous la leur. C’est là que je suis fière et que je suis content de me dire que je suis dans une team où on partage le même truc, où on est pas non plus à faire exactement la même chose, et je pense que c’est ça qui est intéressant. Pour un booking aujourd’hui, si Appolonia n'est pas disponible, on ne va pas mettre Hold Youth, mais on va pouvoir peut-être pouvoir jouer avec eux sur des trucs et partager ce moment là et profiter ensemble. Mais ça, ça prend du temps, on est parti de rien et aujourd’hui on commence à être en place doucement.

 


 

ED : Elle est assez jeune cette agence Lola ED…

HY - Seuil : Ouais, ça a 3 ans et demi. Avant il y avait une autre agence qui a fermé pour laisser la place à Lola. Il y a Le Loup qui est venu, je l’ai ramené aussi dans l’agence parce qu’on a travaillé ensemble,  c’était aussi notre principe, qu’il y est des connexions avec les artistes, et Lola, ils ont été ouverts. Quand je leur ai dit que je voulais ramener Léonard parce qu’on allait faire un projet ensemble, ou quand j’ai amené Yakine parce qu’il est sur mon label Eklo, ils ont accepté, et c'est ça que j'aime, parce que pour moi, c’est le partage.

Je suis vraiment là pour partager. Je viens de la Réunion, au départ on faisait des soirées où on était payé 50 balles dans les bois, la folie de la nuit on connaissait pas. J’ai vraiment fait ça par passion et aujourd’hui, c’est mon taff. J’ai tout quitté, je faisais du cinéma avant, j’ai tout arrêté, pour faire ça. Dans notre politique, si on arrive à faire ce qu’on veut, on aura gagné.

 

La 10ème sortie de votre label Hold Youth est un LP magique De La Club, qui a été relayé et playlisté par les plus grands. Vous avez aussi sorti des 12" de S3A, Rick Wade, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le label? Je crois que l’objectif à l’ouverture était de sortir votre musique et celle de vos potes proches, est-ce toujours le cas aujourd’hui?

HY : En fait, c’est vraiment un portail pour notre musique. A la base, on s’est rencontré et on voulait des trucs ensemble, donc on a fait un label ensemble, mais on n’était pas du tout fermé à faire d’autre chose et on l’a fait. On a surtout fait venir une musique à laquelle on croit avec des artistes comme Rick Wade, comme Jordan Fields, comme S3A, toute la palette de la musique qu’on joue et à laquelle on croit.

C’est pas fini, la prochaine sorti c’est un repress de Nail, c’est des vieux morceaux des années 90 qu’on ressort, après il y a un jeune français qui va nous rejoindre, qui s’appelle Damien Zala qui a le label Rowtag, qui est supporté par toute la clique des Théo Parrish, ça sera plus deep pour lui. Voilà pour notre album, on veut jongler entre les releases et mélanger les genres. On veut que ça soit un disque avec des tracks que tu peux jouer mais aussi des tracks que tu peux écouter à la maison.

 


 

 


 

ED : Quelle est pour vous l’artiste du moment?

HY - Le Loup : En dj ma référence c’est ZIP, il est là depuis les années 90, tu peux écouter des sets de lui à cette époque et aujourdhui c’est un peu la même musique. Il a su garder cet esprit que nous on représente aussi. La musique vraiment originelle américaine old school et minimal moderne, il mélange vraiment les deux, il le fait bien, c’est vraiment un voyage dans ces deux univers. J’aime quand la musique te porte, elle est agréable, elle te fait danser plutot qu’une musique qui va t’agresser. J’aime pas ce qui est prévu, j’ai besoin d’originalité. Aussi Moodyman, Theo Parrish, tout ces gars là.

En production, c’est beaucoup plus large, ca peut venir d’Angleterre, des US, il y a plusieurs petits viviers intéressants à surveiller. Après en Dj, c’est plus difficile, soit c’est pas au point, soit ça veut trop envoyer.

 

ED : Quelles sont vos actualités à venir (prochaines sorties, tournée cet été)?

HY - On vient de se remettre en studio, on vient de changer de studio, toujours chez Alexis, rue saintonge, c’est un studio qu’on partage et jusqu’à présent, on bossait pas mal sur l’ordi avec des machines, là on a supprimé l’ordi et on a changé pas mal de matos. Nouveaux achats : MPC5000, samplers, drum machines, pour bosser sur un live. On a refait deux tracks déjà et on va essayer de continuer comme ça. Sur les deux tracks qu’on a fait, un va sortir sur Concrete. Ils vont sortir des compilations avec des textures sur lesquelles on sera du coup.

 

ED : Alexis (Seuil, Alexis Benard) tu as de ton côté ouvert le label Eklo en 2007, peux-tu nous dire ce qui t’as motivé à ouvrir un deuxième label avec Léonard? C’était pour sortir des trucs différents que tu n’avais l’habitude de la faire sur Eklo?

Seuil : C’était la possibilité de faire autre chose. Eklo c’est très marqué minimal. Mais j’ai surtout fait ce label pour ma fille, elle est née l’année d’avant, le label a vu le jour en 2007 quand elle a eu 1 an. Je voulais vraiment me faire plaisir. Le fait de faire Hold Youth, ça ma permis de sortir de Seuil, et de faire de la musique un peu plus house par rapport à que ce que je faisais habituellement sur Eklo. Eklo c’est comme mon bébé, personne ne travaille avec moi, je ne délègue rien, je fais tout, tout seul, parce que ça a vraiment été fait pour ma fille. Maintenant de voir qu’il y a beaucoup de gens qui me suivent et de savoir que j’en suis à ma 30e release, c’est un kiff perso, minime mais important pour moi.

 


 

ED : Pour finir, cet été c’est la coupe du monde de foot, vous serez plutôt du genre à être dans votre canapé avec les potes devant les matchs, ou à diguer dans les shop de Bastille?

HY : Ah ça c’est une question pour Seuil ! Bon déjà pour le premier match, on sera à Sonar le 14 juin, mais comme c’est à 21h, j’aurai le temps de le regarder. Juste après je joue pour la soirée Circus Company. Le 20 juin pour le 2e match, on est au Sucre à Lyon avec Raresh pour une Hold Youth night, pour le 24 juin, je serai à la maison avec ma femme donc on sera bien et puis après on verra la suite mais ouais on va supporter la France. Ma femme est belge, donc si jamais la France perd, on supportera la Belgique !

 

Je souhaite remercier le Weather, de nous avoir permis de réaliser l'interview, et surtout Seuil et Le Loup pour leur disponibilité.