From Django Unchained to The Master De Tarantino à Paul Thomas Anderson
Auteur: Chris B.
Date: 23/01/13
From Django Unchained to The Master
De Tarantino à Paul Thomas Anderson

Qu'est ce qui différencie un chef-d'oeuvre d'un film lambda ? Qu'est ce qui marque une avancée, un tournant ou une révolution dans la carrière d'un auteur ?

Qu'est ce qui provoque l'audace, la prise de risque, l'ambition dans les choix d'un réalisateur ?

 

 

 

DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino

 

 

D'après les chiffres, il semblerait que la terre entière se soit levé pour se rasseoir dans les petites salles de cinéma pour admirer ce chef-d'oeuvre qu'est Django Unchained.

A l'exception de Spike Lee, trois quatre critiques de la croix et une flopée de républicains (aussi rétrogrades qu'arrière-gardiste), il semblerait que ce film est ravi toute la planète cinéma.

Qu'importe les polémiques, qu'importe les figurines, les affiches, les vidéos promos ou toute l’effervescence qui se crée autour de ce film ; on ne peut que s'incliner devant la magnificence du dernier Tarantino.

 

 

Du premier au dernier plan, s'impose comme une impression de plaisir infini, de jouissance totale, d'exaltation, exagération, exactitude d'une œuvre cinématographique.

Ici, on oublie les décors, les costumes, les perches, combos, dolly, grue, rails, courte focale, axe, angle et tous ces artifices qui créent le cinéma ; le travail d'hypnose que façonne Tarantino plan par plan nous plonge dans cet état infantile où seul le plaisir meut nos émotions. Django Unchained, c'est Disneyland, avec plus de sang et de neggers ; c'est le Barca.

Ce film se permet tout, du kitch à la grâce absolue ; de l'élégance à la vulgarité ; de Rick Ross à Morricone ; il faut en avoir dans le pantalon et un bon producteur. Si les producteurs de chez nous laissaient autant de liberté à leurs réalisateurs que les Frères Weinstein ; on aurait peut-être plus de fulgurances dans notre cinéma. Dans Django, il n'y a que cela. À chaque seconde. De la libération de Django à la mort du réalisateur.

 

 

 

Impossible de critiquer techniquement ou cinématographiquement parlant, Django ; quand bien même il y aurait quelques erreurs, quelques imperfections, quelques longueurs, elles seraient réduites à néant par le plaisir procuré par ce film. Tout le temps surprenant.

On y retrouve la verve de Jackie Brown, la complexité de Pulp Fiction, l'audace et la radicalité du Boulevard de la mort, la violence des Kill Bill. Tarantino, c'est le loisir de construire pour mieux déconstruire, déstructurer, démembrer (au sens propre), détricoter ; ou tout simplement pour tout faire péter. Un joyeux bordel. La jubilation de construire ce beau bâtiment en Lego avant de donner un grand coup de pied dans l'édifice. Bien entendu, comme toujours avec Tarantino, il ne faut pas rester dans les environs.

Le pire pour Tarantino, ce sera de faire mieux. Il en est capable. On a confiance. Le temps de se remettre du syndrome « Le Parrain de Coppola ».

Merci Quentin, merci Christoph, merci Samuel, merci Jamie, merci Leonardo, merci Harvey et Bob, merci Kerry, merci Robert … merci à tous les autres.

 

 

 

 

THE MASTER de Paul Thomas Anderson

 

D'une génération plus jeune, le trio de tête de ce nouveau cinéma américain : Soderbergh, James Gray (le plus talentueux) et PTA.

Le dernier présenté à la dernière Mostra de Venise The Master. Le film est reparti en frappant un grand coup : un Lion d'Argent et un double prix d'interprétation. Michael Mann a été subjugué par le film. La relève est assurée. C'est le cas de le dire.

Si on reste enthousiasmé par le duo Jamie Foxx/ Christoph Waltz ; que dire du duo Joaquin Phoenix / Philippe Seymour Hoffman, ils nous ont certainement servi la plus grosse performance de l'année. Les scènes entre Freddie Quell et Lancaster Dodd sont d'une intensité, d'une tension, d'une nervosité et d'une brutalité insaisissable, presque flottante. La confrontation entre l'homme et l'animal, la rationalité et l'émotion, le savoir et la brutalité. Depuis Kubrick, on n'avait jamais vu des affrontements aussi bien orchestrés.

On savait déjà depuis Two Lovers que Joaquin Phoenix était un immense acteur, mais sa performance dans The Master défie toute concurrence. Il existe dans tous les plans ; par son souffle, sa voix, ses gestes, ses expressions, le charisme qu'on lui connait. Il faut aussi compter avec Amy Adams, c'est elle le vrai personnage diabolique de cette fresque humaine.

 

 

Quelle audace ! À seulement 42 ans, PTA a fait un film qui fera date dans l'histoire du cinéma. Seul des réalisateurs comme Malick ou Coppola peuvent se permettre ces partis pris visuels.

En utilisant le 70mm, le réalisateur prenait le risque d'écraser son film, de l'alourdir. Au final, cela donne la plus belle photographie jamais faite depuis The Tree of Life. Ce film mérite d'être vue ; visuellement, on a affaire à l'image la plus resplendissante des trente, voir quarante dernières années. Impressionnant. Même si le numérique nous offre des perspectives visuelles plutôt réjouissantes, la propreté pure du 70mm sublime l'image dans ses moindres détails. Il y a comme une impression de réalité.

Son audace va encore plus loin, il intensifie son film en le jaugeant de moments flottants, lents, lancinants, de repos. Là où Tarantino impressionne par sa fulgurance et son rythme constant ; PTA distille une profondeur dans son film. The Master n'est pas un film donné, facile, il va se chercher avec les tripes, il faut chopper ici et là des moments de grâce et de beauté. Ils sont répandus un peu partout dans chaque plan, comme si le film implosait. La superbe se ressent par l'intérieur.

Le plaisir n'est pas gratuit chez PTA, il faut y mettre du sien. De la participation intellectuel, le réalisateur ne se fout pas de nous, au contraire, il excite nos sens.

Rien que pour cela ; The Master est grand.